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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies d’Humilis, 1881· Poésies d’Humilis

Mors et Vita

Germain Nouveau· strophes variées, alexandrins et octosyllabes, 99 vers

Souvenez-vous‖ des humbles cimetièresQue voile aux villages voisinsLe pli d'un coteau pâle‖ où pendent les raisins,Qu'éveille, au point du jour,‖ l'air du casseur de pierres.Seuls, les vieux fossoyeurs‖ ont d'eux quelque souci.Et c'est à peine si —Comme des brebis étonnées,Loin du troupeau fumant‖ des douces cheminées,Loin du clocher, ce pâtre‖ amoureux d'horizons —Quelques maisonsAbandonnées,Toutes fanéesPar les saisons,Du vide de leurs yeux‖ dans leur face hagarde,Contemplent — par-dessus‖ l'enclos au portail veufParfois de l'auvent qui le garde —La chapelle en ruine‖ à la grande lézarde,Les tertres anciens‖ et les croix de bois neuf.

Mais l'été que‖ l'ange envoie aux vallées,Pour les églogues étoilées,Aux grands blés roux buvant‖ ses haleines de feu,Et vers les rivières vermeilles,L'été, sur un signe de Dieu,Fait, avec ses rayons,‖ de sauvages corbeillesDe ces asiles tout‖ en fleurs où les abeilles,Dans l'herbe haute et drue‖ ainsi que des remords,D'un long bourdonnement‖ ensommeillent les morts.

A midi, le soleil‖ silencieux qui tombe,Grave, comme un chat d'or‖ s'allonge sur la tombeDont la blancheur brûle, éclatantParmi l'argile rose‖ ou les avoines folles,Pendant que le lézard entendPasser, dans les bruits vains‖ et les vagues paroles,La robe, ayant l'odeur‖ de nos amours défunts,De la Mort, mère‖ et reine des parfums.

Tramée avec les fils du rêve,Voici s'assombrir l'heure‖ où la lune se lève,Et le lourd laboureur‖ qui rentre réfléchitSur la route où l'air pur fraîchit,Le long des murs sacrés,‖ et son cœur croit entendreUne voix étouffée ou tendre,Dans la nuit bleue et noire‖ ainsi que le corbeau…La nuit donne la vie‖ aux choses du tombeau.

Cependant, là‖-bas, dans les nécropoles,Sur qui la nue ardente‖ ébauche des coupoles,Et qu'endorment les cris‖ confus et les oiseauxDes villes, dont le vaste‖ oubli pèse à ses os,Une immobile multitudePoursuit le même rêve‖ en la même attitude ;Et depuis tant d'hivers‖ que les soleils lassésNe comptent plus les noms‖ par les vents effacés,Malgré leur solitude‖ qui s'ennuieAu cantique filtré‖ sur leur front par la pluie,Elles peuvent goûter‖ encor des jours bénis,Ces pauvres âmes désolées,Vers la douce époque des nids,Sous les funéraires feuillées,Quand Mai, de sa main fine,‖ aux grilles des caveauxAttache des bouquets‖ et des regrets nouveauxOu quand leur commune patronne,Leur fête, fait éclore‖ une triste couronne :Ce jour-là, plus d'un deuil‖ charmant qui vient errerDans les sombres jardins,‖ tressaille à rencontrer,Sous les branches d'automne‖ à peine encore vertes,L'impériale odeur‖ des tombes entrouvertes.Et tous, ceux du village‖ et ceux de la cité,Ceux qui sourient d'avoir étéDe gais bouviers dans la campagne,Et ceux dont la statue‖ en marbre est la compagne,Ces morts que Dieu sema‖ comme on sème le blé,Tous dorment d'un‖ sommeil si peu troublé,Qu'il semble que la vie,A ces mornes reclusLugubrement ravie,Ne doive jamais plusMonter ni redescendreDes yeux pleins de nuit noire‖ au cœur tombant en cendre.

Aucun orchestre en floraisonSous les bosquets royaux‖ dans la chaude saison,Aucune orfèvrerie‖ amoncelant ses bagues,Aucun océan soucieuxDes perles qu'il charrie‖ aux plis lourds de ses vagues,Aucun Messidor sous les cieuxQui couvrent la splendeur‖ des terres éventrées,Ni le soleil de ces contréesOù son regard luit si hautain,Sur les monts que couronne‖ une âpre odeur de thym,Qu'il semble à la stupeur physiqueQue le rayon fait la musique ;Ni lune en fleur d'aucun été,Ni comètes semant‖ de diamants leur voie,Ne roulent plus d'ivresse‖ en versant plus de joie,Que la solennelle clartéQui, tenant de la rose‖ et de la primevère,Jaillira par la fente‖ en rumeur des cercueils,Comme un vin parfumé‖ des blessures du verre,Quand, sonnant la fuite des deuils,L'ange du Jugement,‖ sur le tombeau du Juste,Soulèvera la pierre‖ avec un geste auguste !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
2[abba] 28[aa] 1[aabba] 1[abaab] 1[ababb] 5[abab]
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (55 de 12, 28 de 8, 6 de 6, 6 de 10, 4 de 4)· profil 4, 6, 8, 4=6, 6+6
Mots à la rime
a cimetières / pierres féminine, classiqueb voisins / raisins masculine, classiquec souci / si masculine, classiqued étonnées / cheminées féminine, classiquee d'horizons / maisons / saisons masculine, classiquef Abandonnées / fanées féminine, classiqueg hagarde / garde / lézarde féminine, classiqueh veuf / neuf masculine, classiquea vallées / étoilées féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquec vermeilles / corbeilles / abeilles féminine, classiqued remords / morts masculine, classiquea tombe féminine, classiqueb éclatant / entend masculine, classiquec folles / paroles féminine, classiqued défunts / parfums masculine, classiquea rêve / lève féminine, classiqueb réfléchit / fraîchit masculine, classiquec entendre / tendre féminine, classiqued corbeau / tombeau masculine, classiquea nécropoles / coupoles féminine, classiqueb oiseaux / os masculine, classiquec multitude / attitude féminine, classiqued lassés / effacés masculine, classiquee s'ennuie / pluie féminine, classiquef bénis / nids masculine, classiqueg désolées / feuillées féminine, classiqueh caveaux / nouveaux masculine, classiquei patronne / couronne féminine, classiquej errer / rencontrer masculine, classiquek vertes / entrouvertes féminine, classiquel cité / été masculine, classiquem campagne / compagne féminine, classiquen blé / troublé masculine, classiqueo vie / ravie féminine, classiquep reclus / plus masculine, classiqueq redescendre / cendre féminine, classiquea floraison / saison masculine, classiqueb bagues / vagues féminine, classiquec soucieux / cieux masculine, classiqued éventrées / contrées féminine, classiquee hautain / thym masculine, classiquef physique / musique féminine, classiqueg été / clarté masculine, classiqueh voie / joie féminine, classiquei primevère / verre féminine, classiquej cercueils / deuils masculine, classiquek Juste / auguste féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

99 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies d’Humilis et Vers Inédits, Paris, Albert Messein, Éditeur, 1924· numérisation poesies.net· Sources