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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies d’Humilis, 1881· Vers inédits

Rêve claustral

Germain Nouveau· 11 quatrains, alexandrins, 44 vers

Je vous connais comme elle,‖ ô murs, travail des nonnes,Préaux fleuris d’amours‖ furtifs, silencieuxParloirs, où, par la nuit,‖ l’âme des lunes bonnesSe distille, rosée‖ errante de leurs yeux ;

Cour grise où tourne le‖ soulier lacé des grandes,Couvrant sous de longs cils‖ des yeux endoloris,S’imaginant, le soir‖ des mystiques offrandes,Causer dans les rideaux‖ avec de purs esprits.

Je vous ai vus, ô lents‖ tours noirs où les plus bravesRentrent avec l’effroi‖ du parler patelin ;Et je vous aime aussi,‖ novices, pour les gravesDésirs tapis aux plis‖ de vos jupes de lin.

Dortoirs religieux,‖ vous me bercez comme elle :Là, le sommeil est le‖ seul des péchés permis,Et l’on entend monter,‖ bouffonne et solennelle,Leur jeune haleine aux dents‖ des anges endormis.

Je vous adore, froid‖ parfum des sacristies,Chœur d’agate où le jour,‖ sous un rideau sanglant,Voit éclore, parmi‖ la danse des hosties,Le rêve violet‖ d’un doux évêque blanc ;

Chapelle de soupirs,‖ grilles, ombre jalouseD’où la pensionnaire‖ aux essors fabuleuxReluque, avec le cœur‖ d’une petite épouse.Un séraphin charmant,‖ pâle au fond des cieux bleus ;

Prises de voile, où la‖ vierge, en des frissons vagues,Sur l’autel, dont la marche‖ a sacré ses genoux,Écoute sa toison,‖ qui va fleurir en bagues,Choir sous les ciseaux saints,‖ terrifiants et doux.

Celle qu’avec le nard‖ pudique d’un roi mageJ’encense dans mon cœur‖ se meurt là ; j’ai pu voirSes yeux, lampes d’amour‖ où brûle mon image.Et je m’en suis allé,‖ bien ivre… un certain soir !…

O toi qui vis dans ces‖ solitudes de femme,Et qui n’as dû garder‖ de ton été premierQu’à peine assez de corps‖ pour contenir une âme,Colombe en route pour‖ l’éternel colombier ;

Cieux choisis d’où l’on voit‖ pleuvoir encor des mannesEt descendre sur les‖ fronts des langues de feu,Ma bouche — en vous rêvant —‖ faite aux argots profanes,Bégaie une oraison :‖ je me trompe avec Dieu.

Vergers mûrs où la sainte‖ a le respect des mouches,Cours grises, encensoirs‖ berceurs, avents jeunés,Vers vous — comme à vos pieds,‖ chères saintes nitouchesJe m’agenouille avec‖ la larme des damnés.

Pièce parue à la Revue du Monde Nouveau, le 1er avril 1874.

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a nonnes / bonnes féminine, classiqueb silencieux / yeux masculine, classiquea grandes / offrandes féminine, classiqueb endoloris / esprits masculine, classiquea braves / graves féminine, classiqueb patelin / lin masculine, classiquea elle / solennelle féminine, classiqueb permis / endormis masculine, classiquea sacristies / hosties féminine, classiqueb sanglant / blanc masculine, classiquea jalouse / épouse féminine, classiqueb fabuleux / bleus masculine, classiquea vagues / bagues féminine, classiqueb genoux / doux masculine, classiquea mage / image féminine, classiqueb voir / soir masculine, classiquea femme / âme féminine, classiqueb premier / colombier masculine, classiquea mannes / profanes féminine, classiqueb feu / Dieu masculine, classiquea mouches / nitouches féminine, classiqueb jeunés / damnés masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies d’Humilis et Vers Inédits, Paris, Albert Messein, Éditeur, 1924· numérisation poesies.net· Sources