Valentines, 1922
Le mendiant
L’être que j’adore en ce monde,Eût-il les pieds noirs et des poux,C’est le mendiant, il m’inondeLe cœur d’une extase profonde ;Je lui baiserais les genoux.
D’abord il convient de vous direQue si je ne l’adorais pas,Ça ferait peut-être sourire ;On penserait : Hé ! le bon sire !Il a le « trac » pour ses ducats.
Il a peur de faire l’aumône,Ou qu’on le vole, il a raisonDans la vie, ah ! tout n’est pas jaune,Et mon ami le plus béjauneNe viendrait pas à la maison.
Ou, s’il venait, il voudrait faire,Tout comme moi, les mêmes frais,Nous compterions, quelle misère !Et s’il me cassait, quoi ? son verre ?Ah ! la tête que je ferais !
Je parlerais de ma familleTant, que c’en serait Han-Mer-Dent :« J’ai ma femme, mon fils, ma fille ;Oui, la petite est très gentille,Mais ça coûte. — C’est évident ! »
Le mendiant, qu’est-ce qu’il coûte ?Titus disait : un heureux jour.Quand nous verrons plus d’une goutte,Chacun trouvera sur sa routeQu’avec cet homme, on fait l’amour.
Je l’aime, comme une parente,Pauvre… mais ça… c’est un détail…,D’une façon bien différente.Si j’avais mille francs de rente.Je lui donnerais… du travail.
Je lui dirais : Tu vas me faireUn bonhomme sur ce papier.— « Monsieur, je ne dessine guère, »Alors… de me foutre en colère,Trouves-tu cela trop… pompier ?
Il dessinerait son bonhommeBien ou mal, naturellement.Je dirais : Combien ? — « Telle somme. »Et je paierais ; c’est presque, en somme,Ce que fait le Gouvernement.
Le mendiant, mais c’est mon frère !Comment, mon frère ? Mais, c’est moi.Je commence par me la faire,La charité, la chose est claire.Tu te la fais aussi, va, Toi.
Moi, souvent « je me le demande »Et demande, quand ça me plaît.Et bien ! pour ma langue gourmande,Plus que la vôtre n’est normande,Si saint Pierre ouvrait son volet
Seulement pour une seconde :Si je suis là, si je le vois,Bien que je doute qu’il réponde,Je lui demande la plus rondeDes lunes qui rient dans les bois.
Et si, — surprise ! et joie extrême ! —J’entends : « tiens ! enfant, la voici ! »Comme avec tes baisers que j’aime,Je me barbouille tout de crème,Sans seulement dire : merci.
Versification
- Forme
- 13 quintils (quintils)
- Rimes
- 13(abaab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 13 quintils
- Mots à la rime
- a monde / m’inonde / profonde féminine, classiqueb poux / genoux masculine, classiquea dire / sourire / sire féminine, classiqueb pas / ducats masculine, classiquea l’aumône / jaune / béjaune féminine, classiqueb raison / maison masculine, classiquea faire / misère / verre féminine, classiqueb frais / ferais masculine, classiquea famille / fille / gentille féminine, classiqueb Han-Mer-Dent / évident masculine, classiquea coûte / goutte / route féminine, classiqueb jour / l’amour masculine, classiquea parente / différente / rente féminine, classiqueb détail / travail masculine, classiquea faire / guère / colère féminine, classiqueb papier / pompier masculine, classiquea bonhomme / somme féminine, classiqueb naturellement / Gouvernement masculine, classiquea frère / faire / claire féminine, classiqueb moi / Toi masculine, classiquea demande / gourmande / normande féminine, classiqueb plaît / volet masculine, classiquea seconde / réponde / ronde féminine, classiqueb vois / bois masculine, classiquea extrême / j’aime / crème féminine, classiqueb voici / merci masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
65 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Valentines et autres Vers, Paris, Albert Messein, Éditeur, 1922· numérisation poesies.net· Sources