Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
A M. le comte Alfred de Vigny
Quand Jésus traversait la foule, qu’en tout lieuAttirait sur ses pas le miel de son langage,Chacun, plein de respect, s’écriait : « C’est un sageQue Dieu dans sa clémence envoie au peuple hébreu. »
Mais quand sur le Thabor il s’entoura de feuEt monta vers le ciel, debout sur un nuage,Ses disciples, couvrant de leurs mains leur visage,S’écrièrent trois fois : « Jésus le Christ est Dieu ! »
C’est ainsi, de Vigny, que le vulgaire nommeLe poëte vivant seulement un grand hommeEt qu’il le voit passer sans se mettre à genoux
Mais moi, moi qui vous ai, sur la montagne sainte,Vu vous transfigurer, j’ai dit, tremblant de crainte :« O mon Dieu, le poëte est un dieu comme vous. »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources