Sonnets et poésies, 1875· Seconde partie Poésies inédites 1834-1839· Sonnets nouveaux et triolets
A M. Villemain
Je connais un laurier — cet arbre est cher aux dieux— Sur lequel les oiseaux sont sûrs d’une retraite,Où se réfugier quand l’orage s’apprête,Où chanter quand se lève un matin radieux.
Un d’eux, mais, j’en conviens, le moins mélodieux,S’est vu, faible jouet d’une longue tempête,Loin des rameaux chéris que sans cesse il regrette,Emporter au désert, sous un ciel odieux.
Là, perché tristement sur un cyprès funèbre,De l’aube jusqu’au soir il bénit et célèbreL’arbre qui protégeait son bonheur autrefois ;
Mais le laurier divin entend un égal nombreDe frais et gais concerts gazouiller sous son ombre,Et ne s’aperçoit pas qu’il y manque une voix.
Tarascon, novembre 1836.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources