Sonnets et poésies, 1875· Seconde partie Poésies inédites 1834-1839· Sonnets nouveaux et triolets
A madame la d*** d’o***
Quel orage ! la mer n’est plus qu’un noir chaos.La barque des pêcheurs va sombrer sous la lame !Non ! l’équipage invoque à grands cris Notre-Dame,Et le soleil sourit au vœu des matelots.
J’ai résisté longtemps à la fureur des flots ;Mais tant d’efforts perdus ont épuisé mon âme :Mon bras découragé se refuse à la rame,Et, le front dans mes mains, je me livre aux sanglots.
Sur des récifs cachés ma nef s’est entrouverte ;Et le rivage est loin ! et la mer est déserte !Plus d’espoir de salut : j’appartiens au trépas.
Vous sur qui j’ai compté pour chasser la tempête,Laisserez-vous l’abîme engloutir un poëte ?Étoile de la mer, n’apparaîtrez-vous pas ?
Paris, octobre 1837.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources