Sonnets et poésies, 1875· Seconde partie Poésies inédites 1834-1839· Sonnets nouveaux et triolets
A mon ami Émile grimaud
Auteur des Chants du Bocage vendéen
Dans ces jours de folie où ma main enfiévréeFabriquait vers sur vers pour ma grande Chanson,Je prodiguais la gloire à ma muse enivrée :L’Espoir, démon trompeur, nous servait d’échanson.
Depuis que ma raison est enfin recouvrée,L’orgie a par le jeûne acquitté sa rançon :De tout rêve orgueilleux mon âme est bien sevrée ;Fondre un quatrain me semble un travail de Samson.
Mais quiconque a trempé sa lèvre à l’ambroisie,Ne vit plus qu’altéré d’art et de poésie :Donc, sans faire de vers, je les savoure encor.
Quand le vieux forgeron qu’a fatigué l’enclumeSent l’implacable soif, il prend votre volumeEt s’abreuve à longs traits dans cette coupe d’or.
Nantes, le 30 juillet 1874.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources