Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
Accès de joie
Non, je ne mourrai point ; je suis trop jeune encore.Toi qui m’as obsédé, va-t-en, hideux chagrin ;Va-t-en, n’obscurcis plus de ta nuit que j’abhorreMon ciel qui s’illumine aux feux du beau matin.
Depuis un trop long temps mon esprit, qui s’ignore,Se consume à se plaindre et ne produit plus rien ;Puisqu’enfin du bonheur voici poindre l’aurore,Il faut qu’à ses rayons se féconde mon sein.
Oui, fleur de poésie en mon cœur enfermée,Épanouis à l’air ta corolle embaumée :Que le monde t’admire et t’aime en même temps ;
Pour qu’il ait des remords, en te voyant si belle,De t’avoir pu laisser, ô pauvre plante frêle,Exposée à périr au souffle des autans.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources