Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
Apparition
Une étrange terreur la tourmentait sans cesse :— Il avait blasphémé dans son dernier adieu !Aussi la pauvre femme entassait vœu sur vœu,Pour l’arracher plus tôt à la main vengeresse.
Un soir, elle priait, quand, brillant de jeunesse,Un ange à ses regards parut, vêtu de bleu,Et lui dit : « O Marie’, ô femme selon Dieu,Dieu m’envoie éclairer ton aveugle tendresse.
» De ton bien-aimé mort j’étais l’ange gardien ;J’ai voulu vainement lui faire un cœur chrétien,Il a toujours éteint la foi libératrice.
» Il est damné ! Pour lui cesse donc de prier :Ta prière ne fait qu’accroître son supplice. »Marie alors se tut et se prit à pleurer.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources