Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
Douleur
Comme le ciel est pur ! comme le vent est chaud !C’est une belle nuit : la lune, qui décline,Projette sur l’étang sa lumière argentine,Qui s’élève et s’abaisse, et se ride à tout flot.
O gentil rossignol, à la voix sans défaut,Chante, chante à loisir sur la blanche aubépine ;Car, toi ! pas un chagrin n’oppresse ta poitrine :Ta vie insouciante a tout ce qu’il lui faut.
Jamais pour ton sommeil manques-tu de feuillage,De ruisseaux pour ta soif, d’arbres pour ton ramage,Ou d’insectes ailés pour apaiser ta faim ?
Ah ! le Seigneur a fait moins heureux le Poëte ;Car, pour passer ses nuits, il n’a pas de retraite,Et demain, pour manger, il n’aura pas de pain.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources