Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
Le mendiant
Un vieux pauvre, en haillons, dont le pied lourd chancelle,S’arrête dans la rue, où s’accroupit son chien.Il chevrote un vieil air qu’accompagne sa vielle,Puis, le chapeau tendu, quête. et ne reçoit rien.
Mais son œil, qui se lève, a souri. Jeune et belle,Une dame est penchée à son balcon. Soudain,Pour s’épargner l’aumône, elle rentre chez elle..Et le vieillard s’en va chercher ailleurs son pain.
Hélas ! hélas ! malheur à ceux qu’un Dieu sévèreFit les humbles clients d’une porte étrangère ;Combien d’amers refus leur coûte un seul repas !
Mais malheur avant tout, malheur au jeune artisteQui, vaincu par la faim, demande qu’on l’assiste ;Car, de peur de le plaindre, on ne l’écoute pas !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources