Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
L’athéisme
Il avait vingt-cinq ans ; sa noire chevelure,Son teint qu’avait pâli le besoin de savoir,Ses grands traits anguleux qu’un rien faisait mouvoir,Tout donnait un air mâle à sa longue figure.
Il portait haut son front, qui, défiant l’injure,Ne se courbait jamais qu’en face du devoir ;Pourtant son œil toujours n’était pas triste et noir ;Un rayon de bonheur perçait la nue obscure.
C’est qu’en ce corps d’athlète était un cœur d’enfant,S’entr’ouvrant à l’amour, comme au soleil levantS’ouvre la fleur des prés qui croît inaperçue.
Mais, comme un prisonnier qui s’éteint faute d’air,Son âme, sur le ciel n’ayant aucune issue,Mourait asphyxiée en sa prison de chair.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources