Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
L’enfer
Pleine d’amers dégoûts pour la joie éternelle,Un prompt désir lui vint de descendre aux enfers ;Et son désir suffit pour traverser les airs :Car, comme la pensée, elle volait sans aile.
Quand elle fut posée, elle vit autour d’elleDes abîmes sans fond, de ténèbres couverts,Où les damnés, rongés par cent vautours divers,Ont toujours pour souffrir une force nouvelle.
Ils tournent vers le ciel un œil désespéré ;Car leur peine est d’avoir ce qu’ils ont désiréPendant la courte épreuve ici-bas traversée ;
Et, comparant les biens dont ils se sont épris,Aux vrais biens qu’à présent conçoivent leurs esprits,Ils souffrent des douleurs où se perd la pensée.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources