Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
L’inspiration
J’ai peur, car je ne sais quel fantôme voltigeDepuis bientôt une heure au-dessus de mon front :— « Va-t-en, monstre, va-t-en ; t’en iras-tu, te dis-je ? »Il s’obstine, et son vol n’en devient que plus prompt.
Le voilà qui grandit, et, terrible prodige !Son aile qui me frappe est lourde comme un plomb.Il tourne, il tourne, il tourne, à donner le vertige,Et mon cerveau bouillonne, et mon crâne se rompt.
— « Assez, oh ! grâce ! assez ! » Loin que son vol s’arrête,Mes pensers à sa voix s’élancent de ma tête,Et leur ronde m’enlace en des cercles de feu.
Or c’est toujours ainsi lorsque je veux écrire ;La douleur d’enfanter me donne le délire.Protégez la raison du Poëte, ô mon Dieu !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources