Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
Enthousiasme et critique
Lorsque mon âme en pleurs gémit d’un trop long deuil :— « Allons, dis-je à ma muse, apporte-moi ta lyre. »Et ma muse aussitôt, avec un gai sourire,Vient, invisible à tous, mais visible à mon œil.
Mollement appuyée au dos de mon fauteuil,Elle chante, et j’écoute, et, dans un saint délire,Les vers qu’elle a chantés j’ai soin de les écrire ;Puis après je souris dans mon injuste orgueil.
Mais quand, pour lui parler, je me tourne. à sa placeJe vois un vieux démon dont la bouche grimace,Et qui rit méchamment en regardant mes vers.
Je les reprends en hâte et cherche à les relire ;Ce ne sont plus, hélas ! ceux qu’on vient de me dire :Ceux-là venaient du ciel, et ceux-ci, des enfers.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources