Sonnets et poésies, 1875· Seconde partie Poésies inédites 1834-1839· Sonnets nouveaux et triolets
L’olivier fangeux
Me voici donc errant, seul, sur un grand chemin,A pied, trempé de pluie et maculé de boue !Le regard des passants met du pourpre à ma joue,Et peut-être un ami repousserait ma main.
Mais Dieu fit de l’orgueil l’appui du cœur humain.Grâce à lui du malheur mon courage se joue :La Fortune aujourd’hui m’écrase sous sa roue ;Pour me venger du sort, je compte sur demain.
Pâle olivier, qui crois sur le bord de la route,La fange aussi t’insulte, et son immonde croûteFait des plaques de lèpre à ton feuillage vert.
Oui ! mais quand les pressoirs, broyant leur pulpe mûre,Transformeront tes fruits en longs flots d’huile pure,Qui donc se souviendra des taches de l’hiver ?
Route de Marseille à Paris, mars 1837.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources