Sonnets et poésies, 1875· Seconde partie Poésies inédites 1834-1839· Sonnets nouveaux et triolets
La captive
Hier, près d’une source aux bonds mélodieux,Accoudé mollement sur les mousses nouvelles,J’admirais les ébats des jeunes hirondellesQui croisaient sur les eaux leur vol capricieux.
Après avoir décrit mille angles gracieux,Fière d’avoir vaincu ses sœurs, une d’entre ellesVint sur les joncs pliants se poser ; mais ses ailesSe prirent aux gluaux d’un chasseur odieux.
L’enfant — qui se cachait, voyant de loin sa proieSe débattre, accourait avec des cris de joie.C’est ta mort, pauvre amie ! Oh ! non ! non ! tu vivras.
Je la prends, je l’essuie, et la brise l’emporte,Vive et gaie, et peut-être ingrate. mais qu’importe ?Heureux l’homme qui peut faire beaucoup d’ingrats !
Vienne, mai 1836.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources