Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
La faim
Vous qui m’avez connu, dans ma jeunesse heureuse,Le visage si plein et le teint si fleuri,Et qui voulez savoir pourquoi ma joue est creuse,Pourquoi mon front est pâle et mon corps amaigri ;
Peut-être vous croirez qu’une flamme amoureuse,En me brûlant le sang, l’a seule ainsi tari,Ou que c’est du travail la lampe douloureuseQui, troublant mon sommeil, à ce point m’a flétri.
Ah ! ce n’est point cela qui me tue et qui m’use ;Que m’importent l’amour, et la gloire, et la muse ?Ce n’est pas pour si peu que je serais changé.
Oh ! non ; si vous voyez ma figure si hâve,Ma lèvre si livide et mon regard si cave,C’est que voilà trois jours que je n’ai pas mangé !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources