Sonnets et poésies, 1875· Seconde partie Poésies inédites 1834-1839· Sonnets nouveaux et triolets
La meilleure récompense
Seigneur, souriez-moi ! j’ai fait un peu de bien.Ne me reprochez pas que ce soit peu de chose ;Si je n’ai pas fait plus, mon cœur n’en est pas cause :Comment donner beaucoup quand on n’a presque rien ?
Si les vœux sont permis, Seigneur, voici le mien :Une blanche maison qui ne soit jamais close,Où toute pauvreté s’attable et se repose,Sans avoir, au départ, à demander : « Combien ? »
Tout bienfait porte en soi sa propre récompense.Accueillons l’étranger sans compter la dépense :Notre cœur en reçoit un salaire assez grand,
Si, le matin, notre hôte, en quittant notre porte,Ému du souvenir que sa mémoire emporte,Nous serre les deux mains, sans rien dire, en pleurant.
Paris, 24 juin 1839.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources