Sonnets et poésies, 1875· Seconde partie Poésies inédites 1834-1839· Sonnets nouveaux et triolets
La pensée
Je montais le Désert de la Grande-Chartreuse,Sous un soleil ardent qui brûlait le rocher ;Une grotte s’offrit, et je pus me coucherA l’ombre, au bord d’une eau limpide, mais pierreuse.
Le torrent grondait seul entre ces monts qu’il creuse.Quand un aigle, en criant, passe, et va se percherAu sommet d’un sapin, qui, comme un noir clocher,Cachait dans le brouillard sa cime vaporeuse.
Devant un vol si fier que l’homme était petit !De ma lèvre indignée un blasphème sortit,Mais je rougis bientôt de ma plainte insensée ;
Car, dépassant d’un bond la montagne au front bleu,Et le sapin, et l’aigle, et le ciel, ma pensée,Même en le blasphémant, arrivait jusqu’à Dieu.
Dans les Alpes, 27 juillet 1835.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources