Sonnets et poésies, 1875· Seconde partie Poésies inédites 1834-1839· Sonnets nouveaux et triolets
La vertu récompensée
Hier je fus accosté par une jeune femme :— « Monsieur, mon bon monsieur ! Prenez pitié de moi !Mon fils est bien malade, et je n’ai pas de quoiAcheter les sirops que sa fièvre réclame. »
Son long regard, noyé de pleurs, me navrait l’âme.Il me restait dix sous. dont je savais l’emploi.Je les glisse humblement dans sa main. — « Sur ma foi !Je n’ai pas davantage. Excusez-moi, Madame. »
Elle accepte, et s’esquive. et je la suis de l’œil.Je goûtais un bonheur mêlé d’un peu d’orgueil,Quand, dans un cabaret, j’aperçois ma donzelle,
Qui, bravement assise avec quelques pieds-plats,Mangeait, buvait, trinquait et riait aux éclats.Et je m’étais passé de déjeuner pour elle ! ! !
Paris, 16 juin 1838.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources