Sonnets et poésies, 1875· Seconde partie Poésies inédites 1834-1839· Sonnets nouveaux et triolets
Le duelliste
Quelquefois je m’en vais au hasard devant moi,Les deux sourcils froncés et les mains dans la poche.Malheur dans ces moments au bourgeois qui m’approche !Car je l’insulterai sans trop savoir pourquoi.
Si le passant heurté se range avec effroi,A ses humbles pardons jetant un dur reproche,Je deviens insolent comme un clerc de basoche,Et ma voix tonne alors plus haut que le beffroi.
Je voudrais à tout prix qu’une chaude disputeAppelât une épée à terminer la lutte.Non pour donner la mort, mais pour la recevoir ;
Car, dans ces jours maudits, si je crie et fais rage,Ce n’est point par orgueil, cruauté ni courage,Non ! c’est tout simplement, hélas ! par désespoir.
Paris, 7 juin 1838.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources