Sonnets et poésies, 1875· Seconde partie Poésies inédites 1834-1839· Sonnets nouveaux et triolets
Le messager de dieu
A ANTONI DESCHAMPS.
Que parmi tous mes jours ce jour-ci soit béni !Mon esprit s’éteignait comme un flambeau qui s’use,Et, de son impuissance attristée et confuse,Mon âme invoquait l’heure où tout sera fini.
Mais je vous ai trouvé sur ma route, Antoni,Et je veux vivre encor ; car, si je ne m’abuse,Des ailes ont poussé tout à coup à ma muse,Et son vol désormais défîra l’infini.
Il arrivait parfois, dans l’antique Judée,Qu’un berger misérable, inculte, sans idée,Conduisait son troupeau paître sur un haut lieu ;
La montagne soudain, de sa base à son faîte,S’éclairait sous les pas d’un messager de Dieu :Le berger n’était plus, il restait un prophète.
Paris, avril 1838.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources