Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
Les poëtes en prose
Des Esprits révoltés la foule circulaireTramait ses noirs complots dans un coin du saint lieu :— « Pourquoi courber toujours nos genoux devant Dieu ?C’est de notre reflet que l’orgueilleux s’éclaire.
» Quand nous aurons chassé ce tyran séculaire,Le ciel n’en deviendra ni moins grand, ni moins bleu. »Voilà que Dieu parut, ceint de foudres en feu,Et tous se prosternaient, tremblants, sous sa colère.
Tels j’ai vu mille auteurs, au style mièvre ou creux,S’enfler des compliments qu’ils échangent entre euxEt crier : « Nous aussi, nous sommes des poètes ! »
Non ! leur terme de gloire est promptement échu :Lamartine ou Brizeux découronne leurs têtes,Car tout poëte en prose est un ange déchu.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources