Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
Ma destinée
Dans ces rêves aimés que font tous les enfants,Je songeais être un aigle, ayant de grandes ailes,Qui souvent, dédaigneux des demeures mortelles,Montait fouler aux pieds les nuages mouvants.
Ma raison a chassé ces espoirs décevants :Pour des efforts si longs mes muscles sont trop grêles ;Je n’affronterai plus des tempêtes nouvelles,Car.je ne me soutiens qu’où se taisent les vents.
Bornant mon horizon à mon bois solitaire,Quand il fait du soleil, mon vol rase la terre,Et mon chant réjouit l’écho silencieux.
Grâce au ciel, mon désir à ma force se règle :J’aime être rossignol, ne pouvant pas être aigle,Et mes buissons en fleur me consolent des cieux.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources