Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
Menace
Ah ! riches sans pudeur, riches dont la mollesseSe gorge de plaisirs et boit l’or à pleins bords,Mais qui, lorsque le pauvre à vos palais s’adresse,Lui fermez votre bourse et le jetez dehors ;
Prenez garde ! il se peut qu’enfin Dieu vous délaisse :Et vos yeux pleureront, ô riches ! car, alors,Ceux que brûle la soif boiront votre richesse ;Ceux que maigrit la faim mangeront vos trésors.
La mer, l’immense mer, peut, devant une écluse,S’arrêter quelque temps impuissante et confuse,Et l’homme en son orgueil dit : « Ses flots sont domptés ».
Mais voilà tout à coup que cette mer, si douce,Gronde, et bat en fureur un frein qui la courrouce.— Voyez ! l’homme et l’écluse au loin sont emportés.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources