Sonnets et poésies, 1875· Première partie Sonnets publiés en 1835
Néant de l’homme
L’homme a dit : « Je suis roi de la nature entière ;S’il faut au monde un dieu, c’est moi seul lui le suisL’autre Dieu s’est éteint comme un astre éphémère ;C’est à moi de monter sur ses autels détruits ».
L’homme aurait-il raison, et le Dieu de la terreA-t-il, comme tout astre, et ses jours, et ses nuits ?Non, et l’esprit humain a perdu la lumière,S’il ne voit plus, Seigneur, la splendeur dont tu luis.
Oui, mortels, votre orgueil n’est qu’un cri de détresse.Ne demandez donc pas à Dieu qu’il reparaisse,Mais qu’à votre âme aveugle il rende la clarté ;
Car, si de ses rayons il n’éclairait votre ombre,Vous sentiriez bientôt, contre un écueil heurté,Le monde s’engloutir comme un vaisseau qui sombre.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources