Sonnets et poésies, 1875· Seconde partie Poésies inédites 1834-1839· Sonnets nouveaux et triolets
Une chute
Moi, ramper ! non, jamais ! Quoique bien jeune encor,J’ai les vastes désirs des âmes décidéesQue leurs déceptions n’ont pas intimidées,Et ma muse en plein ciel va chercher son trésor.
La terre sous mon vol s’abîme, et mon essorM’emporte à ces hauteurs où, par l’Esprit guidées,Dans un air libre et pur gravitent les idéesQue nous prenons la nuit pour des étoiles d’or.
Dieu n’a pas mesuré ma force à mon audace :J’ai voulu contempler la Poésie en face,J’ai voulu m’assouvir de son rayonnement ;
Mais j’eus tort d’affronter ces splendeurs éternelles :Ma paupière a trop tard abrité mes prunelles.Le faux aigle ébloui descend honteusement.
Paris j juin 1835.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources