Sonnets et poésies, 1875· Seconde partie Poésies inédites 1834-1839· Sonnets nouveaux et triolets
Une invitation a déjeuner
Salut, léger moineau, qui cours sur ma fenêtreEn sautillant. Pourquoi t’enfuir, tout effrayé ?Je m’en voudrais d’avoir par la terreur payéTes chants j où mon réveil puise un si frais bien-être.
Ne crains rien, tu m’es cher : oui, j’ai su reconnaître,Au large écusson noir de son pourpoint rayé,L’humble crieur qui vient, sur mon toit égayé,Proclamer chaque jour l’heure où l’aube va naître.
Mais j’ai dû cette fois ta visite à la faim :Tes cris me demandaient quelques miettes de pain.Hélas ! je n’en ai pas aujourd’hui pour moi-même.
Cherche donc ce matin ta pâture au hasard ;Mais demain, si Dieu songe au poëte qui l’aime,Reviens me voir : ma table aura gardé ta part.
Paris, 27 mai 1838.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources