Sonnets et poésies, 1875· Seconde partie Poésies inédites 1834-1839· Sonnets nouveaux et triolets
Le coup de tonnerre
A M. VILLEMAIN.
Il tonnait l’autre nuit au-dessus de la ville ;Et moi je regardais, suspendant mes travaux,Les éclairs resplendir dans la nue immobile,Comme au milieu des blés le tranchant d’une faux.
Qu’ai-je appris ce matin ? A vingt pas de l’asileOù vous nous préparez des chefs-d’œuvre nouveaux,Le tonnerre a brisé, comme un cristal fragile,Un peuplier tout fier de ses jeunes rameaux.
Ainsi donc mon regard souriait à l’orageQui pouvait vous abattre, ô gloire de notre âge !Ah ! j’ai senti sous moi mes genoux se plier.
Mais j’ai compris bientôt que j’avais tort de craindre ;La foudre, ô Villemain, ne saurait vous atteindre :Elle ne frappe pas an front ceint de laurier.
Paris, 31 mai 1838.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sonnets et poésies, Nantes - Paris, V; FOREST ET ÉM. GRIMAUD - Alphonse LEMERRE, 1875· numérisation gallica.bnf.fr· Sources