Chant du soir, 1917
Édouard Vii
O toi que l’Éternel vient d’appeler à luiEn brisant sans merci ta si noble carrière,O toi par qui la paix sur la terre aura lui,Tout un monde s’incline, ému, sur ta poussière.
De tous les points du globe on voit venir vers toiCeux dont tu fus le roi moins encor que le père ;Et nous, d’un autre sang comme d’une autre foi,Nous regrettons la fin d’un règne si prospère,
Toi dont porte le deuil toute l’humanité,Ton cœur ne battra plus pour les plus saintes causesAmi de la concorde et de la liberté,Aux paroles de paix tes lèvres se sont closes.
En ce moment suprême où l’on va déposerCe qui reste de toi sous les voûtes du temple,Dans la crypte royale où tu dois reposerA tous tes successeurs sers à jamais d’exemple.
Toi qui fus de la France un ami précieuxNous n’oublirons jamais, nous français d’Amérique,Qu’un jour avec fierté, de la paix soucieux,Tu maîtrisas l’effort de l’ogre germanique.
Oui, lorsque méditant le grand coup ’AgadirIl voulut la frapper d’un choc rapide et rudeConvoitant le Maroc afin dé s’arrondir,L’Europe dut la paix à ta ferme attitude.
Tu ne seras plus là pour conjurer le sortAlors que surgira la lutte inévitable,Mais ton fils orgueilleux, s’inspirant du grand mort,D’Albion montrera la force redoutable.
Et si jamais le sabre exécré du GermainS’aiguise sourdement pour asservir le mondeEt mettre à sa merci l’Europe de demain,Que ta grande âme plane et sur terre et sur l’onde.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chant du soir, Arthabaska, Impr. de l’Union, 1917· numérisation archive.org· Sources