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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Chant du soir, 1917

Le Centenaire du Séminaire de Nicolet

Poème lu à une séance tenue lors de la célébration du centenaire

Adolphe Poisson· 68 vers

LORSQUE nos jours s’en vont avec tant de vitesse,Quel doux bienfait du ciel que de se souvenir !Grâce à lui nous voyons sans regret ni tristesseS’allonger le passé quand décroît l’avenir.

Aussi moi qui n’ai vu qu’une trop courte annéeS’écouler sous ce toit de calme et de bonheur,J’accours pour célébrer cette grande journée,Car de l’Alma Mater c’est la fête du cœur.

Ici tout séduit l’œil et tout charme l’oreille.Adieu les durs travaux ! adieu les noirs soucis !Pour fêter le présent le passé se réveilleEt nomme avec orgueil le beau nom de Plessis.

Sa grande ombre aujourd’hui plane sur cette enceinte.Car ce toit séculaire est toujours sa maison,Puisqu’il en est le père et que cette œuvre sainteEst, grâce à ses efforts, en pleine floraison.

Pour les premiers besoins de l’école naissante,S’il prodigue son or, son temps, sa volonté ;C’est que son œil a vu la maison languissantePorter déjà le sceau de l’immortalité.

Qui sait ce qu’il fallut de sublime courage,De confiance en Dieu, d’espoir en l’avenirPour vaincre les périls et conjurer l’orage,Pour fonder cet asile et pour le maintenir !

L’œuvre sut résister aux obstacles sans nombreEt se développer sous un ciel orageuxCar Plessis désirait qu’elle grandit dans l’ombreA l’abri des regards d’un pouvoir ombrageux.

Et pour patron prenant Raphaël, cet archangeQui toujours veillera sur son pas chancelant,On vit bientôt briller cette noble phalange :Brassard, Raimbaud, Léprohon, puis Laflèche et Ferland.

Enfin le père Thos, figure qu’on vénère,Prêtre à l’esprit si large, au cœur si bienveillant,Dans ses colères môme il était débonnaire,Et quand il gourmandait c’était en souriant.

Tous ces éducateurs, obstinés à leur tâche,Succombent à la peine et passent leur espoirA d’autres qui, comme eux, travailleurs sans relâche,Se donnent tout entiers au plus noble devoir.

Aussi nous leur devons ce qu’aujourd’hui nous sommes,Car le présent témoigne en faveur du passé,Et l’avenir encor saura faire des hommes,Le chemin de l’honneur se trouvant tout tracé.

Enfants de Nicolet, présentons nos hommagesAu vaillant successeur de ces humbles héros,Qui dans son cœur portant leur force et leur courage,A droit au même honneur comme au même repos.

Il est digne de ceux qu’il fait si bien revivreDans cette œuvre où son cœur ne sut oublier rien.Mais parmi tous ces noms inscrits dans son beau livreIl en manque un pourtant, et ce nom c’est le sien.

O pins de Nicolet, vous dont la cime altièreDe l’œuvre séculaire ombragea le berceau ;Arbres géants pour qui notre vie éphémèreVaut à peine les jours du plus faible arbrisseau ;

O vous qui survivez à toutes les tempêtes,Qui défiez le ciel et qui narguez le temps,Vous, les témoins muets de tant de belles fêtes,Quand nous ne serons plus, vivrez-vous dans cent ans !

O oui, vous serez là, mais ce sont d’autres hommesQue vous protégerez de vos rameaux vivants,Tandis que notre cendre, insectes que nous sommes.Depuis longtemps sera jetée aux quatre vents.

Et lorsque dans cent ans d’autres encore à naîtreComme aujourd’hui viendront évoquer le passé,O pins qui survivrez, puissiez-vous reconnaîtreDans les vivants d’alors tout un monde éclipsé !

68 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chant du soir, Arthabaska, Impr. de l’Union, 1917· numérisation archive.org· Sources