Chant du soir, 1917
Lorsque l’Ombre du Soir
LORSQUE l’ombre du soir ombrageant les coteauxDe son silence endort le soleil qui se couche,C’est l’heure où l’histrion monte sur les trétaux,Des paroles de haine ou d’amour plein la bouche.
La lune a beau ce soir argenter les vallons,Couvrir les verts buissons de sa clarté sereine,Les couples affolés remplissent les salons ;Sous les lustres blafards la valse les entraîne.
Quand la fraîcheur des nuits invite au doux repos,Endormant les oiseaux, le bec caché sous l’aile,De la taverne il sort des infâmes proposLancés comme un défi dans la nuit solennelle.
Quand les chants se sont tus, que l’aube à peine luitLe premier à chanter c’est l’oiseau qui s’éveille.N’ayant point gaspillé les heures de la nuit,Il lance au Créateur sa note sans pareille.
Et l’homme des trétaux par le vin tout briséGarde encore à midi le sommeil de l’ivresse.Jusqu’à l’heure où bientôt son être alcooliséGoûtera de nouveau la coupe enchanteresse.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chant du soir, Arthabaska, Impr. de l’Union, 1917· numérisation archive.org· Sources