Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Chants canadiens, 1880

Aux Acadiens

Adolphe Poisson· 60 vers

Bienvenue aux enfants de la vieille Acadie !Déjà leur tige reverdieÉtend avec orgueil ses rameaux florissants.Aux champs témoins muets de leur lutte olympiqueCes fils d’une race héroïque,Fidèles au passé, vont toujours grandissants.

Notre mère est la France et vous êtes nos frères !Lorsque jadis les vents contrairesDéchiraient nos drapeaux troués par le canonVous avez comme nous sur mille champs de gloireÉcrit vaillamment votre histoireEt pour la renommée inscrit plus d’un grand nom !

Vous aimiez comme nous le feu de la bataille,Le fauve éclat de la mitraille,La clameur des clairons et le bruit du tambour.Jaloux de labourer la terre américaine,Aux vieux canons du Fort DuquesneRépondait aussitôt le canon de Louisbourg !

Avec nous vous avez succombé sous le nombre,Mais à travers la date sombreRayonnera toujours l’éclat de vos exploits.Vous fûtes en ces jours de lutte et de souffranceLes dignes enfants de la France,Et l’éternel honneur du noble sang gaulois.

De la proscription vous fûtes les victimes,Grands citoyens, soldats sublimes,Pour cesser de vous craindre on vous a dispersés !Vaincus et désarmés mais toujours indomptables,Vous étiez encor redoutables !L’anglais tremblait devant les héros terrassés !

Pour éteindre à jamais votre race héroïqueSur tous les points de l’AmériqueLes vaisseaux d’Albion vous jetèrent meurtris.Mais, spectacle inouï, l’on vous a vu renaîtreEt sous les yeux du nouveau maîtreD’un peuple dispersé rassembler les débris !

Car le pur sang français vous l’avez dans vos veines !Ce n’est pas pour des œuvres vainesQu’avec profusion jadis il a coulé ;Ce n’est pas pour qu’un jour, nobles fils de Bellone,Comme les Juifs à BabyloneSe traînât malheureux tout un peuple exilé !

Aussi vous avez fui les îles meurtrières,Les rives inhospitalières,Tombeaux qu’on vous creusait dans des pays lointains,Pour revenir aux champs que possédaient vos pères,Et fils courageux et prospèresPoursuivre dans la paix vos superbes destins.

Entonnez avec nous, dans la fète bénie,Les chants joyeux de la Patrie,Mêlons nos vieux drapeaux et donnons-nous la main.Plus tard, s’il faut lutter, répétant notre histoire,A ces jours rayonnants de gloireDonnons avec orgueil un brillant lendemain.

Bienvenue aux enfants de la vieille Acadie !Voyez ! leur tige reverdieRelève avec effort ses rameaux florissants.Des rivages du golfe aux bords de l’AtlantiqueCes fils d’une race héroïque,Fidèles au passé, vont toujours grandissants.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Chants canadiens à l’occasion du 24 juin 1880, Québec, P.-G. DELISLE, 1880· numérisation books.google.fr· Sources