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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Heures perdues, 1894

Petits voleurs

Adolphe Poisson· 36 vers

Septembre fait plier l’arbre sous les fruits mûrs,Et déjà les enfants escaladant les mursOù va s’abriter l’hirondelle,Humant la douce odeur que répand mon verger,S’avancent dans la nuit doucement, sans songerÀ mon chien farouche et fidèle.

Ils approchent, voilà qu’ils ont déjà surgiSur la haie où l’épine a bien souvent rougiLeurs mains petites mais avides.Eux pourtant si bavards ont cessé leur caquet ;Ils ont tendu la main, quand mon cerbère au guetFond sur eux en deux bonds rapides.

Adieu large festin au pied de l’arbre vert !Adieu les fruits vermeils ! Le dogue a découvert,Gardien féroce et taciturne,Leurs pas lents et furtifs à l’abri des halliers,Et fait fuir devant lui ces hardis écoliersHonteux de leur course nocturne.

Parmi ceux que le vol avait là réunisC’est un sauve-qui-peut à travers prés jaunis.Comme ils fuient les petits coupables !Hallali sans pareil, à travers les vallonsIls courent essoufflés ; mon chien sur leurs talonsExhibe ses crocs formidables.

Il faut à ces pillards de sévères leçons,Il faut depuis longtemps à ces vilains garçons,Qui pillent les vergers sans gêne,Un chien qui les arrête à leur premier méfait ;Un invisible argus qui les prend sur le faitEt qui tambour battant les mène.

Aussi quand l’an prochain l’arbre aura ses fruits mûrsOn ne les verra plus escalader les mursOù pend le nid de l’hirondelle ;Moins friands de mes fruits qu’effrayés du danger,Ils ne reviendront plus visiter mon vergerQue défend un gardien fidèle !

36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Heures perdues, Paris, Imprimerie générale A. Côté, 1894· numérisation wikisource.org· Sources