Sous les pins, 1902
Les trois hôtes
Trois hôtes sont en moi qui me font équilibre,D’essence différente et d’un égal pouvoir ;Et je subis leur joug sans cesser d’être libre,Et j’obéis aux trois sans manquer au devoir.
Le premier, c’est la foi, ce foyer d’héroïsmeQui dans des temps meilleurs enfanta des héros,Et des siècles vieillis reniant le cynisme,Berce l’âme chrétienne en un divin repos.
Le second, plus borné, se nomme conscience ;Des replis de mon cœur il a fait son séjour ;A l’ignorant sur terre il tient lieu de science,Il ennoblit la vie, il épure l’amour.
Le troisième, c’est la raison, cette boussoleQui seule guide l’homme au milieu de sa nuit,Assagit sa pensée et souvent le consoleDe ses rêves déçus et de l’heure qui fuit.
Et ces hôtes divins, dominant la matière,Font l’homme souverain dans la création,Et c’est par eux qu’il peut marcher la tête altière,Toujours vainqueur du doute et de la passion.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources