Sous les pins, 1902
Mausolée
Sur la tombe de A. Lusignan
À ta dépouille, ô toi que nous avons aimé,Nous venons aujourd’hui rendre un dernier hommage,Car depuis que le sol sur toi s’est referméTes amis dans leurs cœurs ont gardé ton image.
Sous la terre bénie où tu fus déposéDepuis bientôt trois ans, cher ami, tu sommeilles.Nulle voix de pitié n’a bercé tes oreillesEt nul front sur ta cendre, hélas ! ne s’est posé.
Mais si, poète aimé, le vulgaire t’oublie,Si le pied du passant te foule, indifférent,Si ta mémoire avec ton corps ensevelie,Dans le cœur de nos fils déjà se désapprend,
Nous, disciples de l’art, nous tes amis, tes frères,Nous venons protester contre l’oubli fatal,Et, dédaignant l’éclat des pompes funéraires,Bâtir à ta mémoire un humble piédestal.
Ah ! peu nombreux sont ceux qui penchés sur ta bière,Évoquent, pleins d’émoi, ton pieux souvenir,Mais c’est assez pour que sur ta chère poussièreÀ redire ton nom nous forcions l’avenir.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources