Sous les pins, 1902
La vie
Vol rapide du temps, fugitives années,Vous nous portez si vite au terme de nos joursQu’à peine un souvenir des plus belles journées,Comme l’âcre parfum de belles fleurs fanées,Vient pour une minute en embellir le cours.
Oh ! pourquoi faut-il donc laisser sur notre routeLes êtres les plus chers, les espoirs les plus beauxAuxquels il nous faut dire un adieu qui nous coûte ?Pourquoi le cœur saigner des épines du doute ?Le sentier que l’on suit se border de tombeaux ?
Pourquoi tous ces tourments d’une vie éphémère ?Que croire ? qu’espérer, si le monde après toutNe peut rien nous donner, rien qu’un peu de chimère ;Que tout rêve est trompeur, et toute coupe amère,Et qu’il nous faut souffrir et pleurer jusqu’au bout ?
Mais non, parler ainsi n’est-ce pas un blasphème ?Car Dieu plein de pitié pour notre humanité,Faisant taire soudain sa justice suprême,Nous ouvre grand son cœur, et dans l’âme qu’il aimeJette un pâle rayon de sa félicité.
Et le cœur se dilate et l’âme se redresse,Et grâce à ce miracle accompli par Dieu seul,Le sein qui gémissait lance un cri d’allégresseEt l’homme enseveli sous sa propre détresseRenaît à l’espérance en brisant son linceul
25 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources