Sous les pins, 1902
Mes pins
J’ai l’ombre de trois pins. Ces rois de mon parterreLèvent avec orgueil leurs fronts vertigineux.Au printemps plus d’un nid s’y loge avec mystère,Attiré par l’odeur de leur bois résineux.
O pins, vous survivrez à mon humble mémoire,Et quand je dormirai dans l’oubli des vivants,Que rien ne restera de mon pâle grimoire,Vous couvrirez mon toit de vos rameaux mouvants.
Un jour, lorsque, couché là-bas au cimetière,Je mêlerai ma cendre à l’humus engraissé,Vous braverez le ciel de votre cime altière,Témoins longtemps debout d’un fragile passé.
Les saisons passeront, les mois et les années,Sous vos rameaux les nids succéderont aux nids ;Dépouille de l’hiver, vos aiguilles fanéesServiront de jonchée aux gazons tout jaunis.
Un jour vous tomberez pourtant sans une trace,Moins heureux que les pins si vantés de Tibur ;Pour vous rendre immortels vous n’aurez pas HoraceEt vous disparaîtrez comme le barde obscur.
Mais plus heureux que vous, ma cendre va renaître.Un jour je sortirai de mon dernier sommeil ;A l’appel de mon Dieu je reprendrai mon être,Tandis que vous, ô pins, c’est la mort sans réveil.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources