Sous les pins, 1902
Si dieu me disait !…
Ah ! si Dieu me disait : Homme, veux-tu la gloire ?Je la mets à tes pieds ; je répondrais : Seigneur,Amère est cette source et je craindrais d’y boire,Donnez-moi plutôt le bonheur !
Et si Dieu me disait : La vaste renomméeT’attend, suspens ton vol à ses ailes de feu ;Aux superbes essors ma pauvre âme ferméeDirait : C’est trop pour moi, mon Dieu !
Et si Dieu me disait : Vois cette multitude ;Sous ton souffle puissant voudrais-tu la ployer ?Je dirais : Laissez-moi ma chère solitude,L’écho discret de mon foyer.
Et si Dieu me disait : Des projets de la terreChoisis les plus brillants, poursuis les plus nouveaux,Je dirais au Seigneur : Ma lampe solitaireSuffit à mes humbles travaux.
Et si Dieu me disait : Sois un homme de guerre,Je lui dirais : Mon Dieu, s’il faut être un vainqueur,Au lieu du don fatal qui séduit le vulgaire,Rendez-moi maître de mon cœur !
Mais si Dieu me disait : Veux-tu d’un grand poèteConnaître — fût-ce un jour — le redoutable honneur ?À ces divins tourments ton âme est-elle prête ?Oh ! je répondrais : Oui, Seigneur !
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Sous les pins, Montréal, Librairie Beauchemin, 1902· numérisation poesies.net· Sources