Poésies, 1827
Le mystère
Je ne chanterai pas‖ sous un nom fabuleuxLes traits de celle qui m’est chère.Que d’autres sur un luth vulgaire,Usurpant, sans aimer,‖ le langage amoureux,Célèbrent leur Thémire,‖ invoquent leur Glycère ;Moi qui fuis, moi qui hais‖ toute vaine chimère,Je ne chanterai pas‖ sous ces noms fabuleuxLes traits de celle qui m’est chère.
Je croirais dans mon cœur‖ profaner ton autel,Si j’osais t’adresser‖ ce culte de mensonge.Ce que tu m’inspiras‖ fut trop vrai, trop réel ;Je ne veux pas chanter un songe.Non ; plutôt qu’a ce point‖ j’avilisse ma voix,Que ma lyre en éclats‖ se brise sous mes doigts.
Si ma bouche a parlé‖ comme a senti mon âme,Si ma muse alluma‖ les rayons de sa flammeAu flambeau de l’amour‖ et de la vérité,Qu’est-il besoin d’un nom‖ pour assurer ta gloire ?Sans lui, sans lui mes chants‖ sauront sur ta mémoireRéfléchir l’humble honneur‖ qu’ils auront mérité ;Mais s’il faut que du temps‖ l’abîme les dévore,Si leur frêle existence‖ est promise au néant,Le prestige d’un nom sonoreNe les sauvera pas‖ du sort qui les attend.Que sur moi, la satire‖ épuise en paix sa rage,Mais qu’elle épargne au moins‖ l’objet de mon amour !Si j’ai semé du vent,‖ j’affronterai l’orage,Mais sans livrer ta tête‖ à la honte, à l’outrage,Sans traîner mon amante‖ à la clarté du jour.Que ton nom pour jamais‖ se dérobe à sa vue !Que la nuit do mon cœur‖ le cache à l’univers !Qu’il soit comme un écho‖ qui dort dans les déserts,Comme une étoile sous la nue,Comme une perle au fond des mers !Quand l’oiseau des forêts‖ chante dans la nuit sombre,Ses sons mystérieux‖ n’en ont que plus d’appas ;Je veux qu’ainsi mon luth‖ retentisse dans l’ombre,Que la foule l’entende,‖ et ne le voie pas !Et vous, coulez, mes vers,‖ comme une eau souterraineInconnue aux bergers,‖ invisible aux troupeaux,Coulez, et dérobez‖ votre source incertaine ;C’est au dieu seul de la fontaineÀ connaître le roc‖ d’où jaillissent ses eaux.
Versification
- Forme
- Strophes variées
- Rimes
- 1[abbaccac] 3[abab] 2[aa] 1[abba] 2[abaab] 1[abbab]
- Mètre
- Alexandrins et octosyllabes (35 de 12, 8 de 8)· profil 8, 6+6
- Mots à la rime
- a fabuleux / amoureux masculine, classiqueb chère / vulgaire féminine, classiquec Glycère / chimère / chère féminine, classiquea autel / réel masculine, classiqueb mensonge / songe féminine, classiquec voix / doigts masculine, classiquea âme / flamme féminine, classiqueb vérité / mérité masculine, classiquec gloire / mémoire féminine, classiqued dévore / sonore féminine, classiquee néant / attend masculine, classiquef rage / l’orage / l’outrage féminine, classiqueg amour / jour masculine, classiqueh vue / nue féminine, classiquei l’univers / déserts / mers masculine, classiquej sombre / l’ombre féminine, classiquek d’appas / pas masculine, classiquel souterraine / incertaine / fontaine féminine, classiquem troupeaux / eaux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
43 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, AIME ANDRÉ lIBRAIRE, Paris, 1827· numérisation poesies.net· Sources