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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1827

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Jean Polonius· 9 dizains, octosyllabes, 90 vers

C’est assez, loin de ta présenceM’exiler, sans pouvoir te fuir ;Je suis las d’une indifférenceQue j’affecte ; sans la sentir.Comme à son nid l’oiseau sauvage,Comme la vague à son rivage,Comme le cerf au bord des eaux,À tes pieds ramené sans cesse,J’y viens encor, dans ma faiblesse,Chercher l’amour au prix des maux.

J’ai voulu te cacher ma peine ;Mais tu lis trop bien dans mon cœur ;Tu sais trop que ma gaieté vaineN’est qu’une flamme sans chaleur.Le désespoir a beau sourire,Sa gaieté ressemble au délire,Son calme au calme du tombeau ;Dans ses fers il s’agite, il chante ;Mais les sons que sa bouche enfanteEn son âme n’ont pas d’écho.

J’ai cherché le bruit, la poussière,Les jeux, l’air brûlant du plaisir ;Mais cette fièvre passagèreM’a fatigué, sans me guérir.L’éclat du jour, le bruit du monde,Peut de mon âme vagabondeÉloigner un moment tes traits ;Mais sitôt que le jour s’achève,Comme une étoile qui se lève,Avec la nuit tu reparais.

Planant dans l’ombra sur ma couche,Un rêve à moi t’offre soudain ;Ma bouche en feu presse ta bouche,Mon sein brûlant bat sur ton sein ;Nos vœux, nos soupirs se répondent,Nos doux haleines se confondent,Je suis, je presse le bonheur,J’y touche enfin ! — Trompeuse image !C’est l’air, le vide, un froid nuageQue j’ai serre contre mon cœur !

Las du bruit de la multitude,J’ai fui les hommes et le jour ;Mais il n’est point de solitudePour celui qu’a blessé l’amour.Dans le désert, dans le silence,Il est pour lui, malgré l’absence,Un son de voix persécuteur,Un œil brillant, que rien n’efface,Une ombre, qui toujours se placeEntre la nature et son cœur.

Hélas ! plus digne de l’entendre,Jadis j’avais su l’adorer ;J’avais un cœur pour la comprendre,J’avais des yeux pour l’admirer.Seule, elle était toute mon âme ;Nul autre objet, nulle autre femmeN’allumait encor mes fureurs ;J’aimais des sons et des images,Le vent, les rochers, les nuages,Les eaux, la lumière, et les fleurs.

Aujourd’hui, sourde à la nature,Mon âme est comme un luth brisé :Arbres, soleil, rochers, verdure,Tout à mes yeux s’est effacé.Que l’air soit sombre, ou sans nuage,Pour moi, prive de son langage,Le ciel n’est plus qu’un livre obscur,Tout est vide et monotonie,Les vents n’ont plus de mélodie,Les flots ne roulent plus d’azur.

J’ai vu des femmes, dont ma lyreAvait su captiver le cœur ;J’ai vu des yeux, dont le sourireSemblait m’inviter au bonheur.Mais, dédaigneux de sa conquête,J’ai passé, sans lever la têteVers l’étoile qui m’avait lui ;Astre éphémère, de sa flammeIl n’a fait qu’effleurer mon âme,Et n’a laissé qu’ombre après lui.

Enfant volontaire et bizarre,Au bien présent fermant les yeux,C’est quand l’abîme nous sépare,Que je l’appelle de mes vœux.Des fleurs qui croissent dans la plaineVainement l’amoureuse haleineM’invite à les venir chercher ;Je fuis, je cours, dans mes caprices,Poursuivre au bord des précipicesLa fleur sauvage du rocher.

Versification

Forme
9 dizains (dizains)
Rimes
9(ababccdeed)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
9 dizains
Mots à la rime
a présence / indifférence féminine, classiqueb fuir / sentir masculine, classiquec sauvage / rivage féminine, classiqued eaux / maux masculine, classiquee cesse / faiblesse féminine, classiquea peine / vaine féminine, classiqueb cœur / chaleur masculine, classiquec sourire / délire féminine, classiqued tombeau / d’écho masculine, classiquee chante / enfante féminine, classiquea poussière / passagère féminine, classiqueb plaisir / guérir masculine, classiquec monde / vagabonde féminine, classiqued traits / reparais masculine, classiquee s’achève / lève féminine, classiquea couche / bouche féminine, classiqueb soudain / sein masculine, classiquec répondent / confondent féminine, classiqued bonheur / cœur masculine, classiquee image / nuage féminine, classiquea multitude / solitude féminine, classiqueb jour / l’amour masculine, classiquec silence / l’absence féminine, classiqued persécuteur / cœur masculine, classiquee n’efface / place féminine, classiquea l’entendre / comprendre féminine, classiqueb l’adorer / l’admirer masculine, classiquec âme / femme féminine, classiqued fureurs / fleurs masculine, classiquee images / nuages féminine, classiquea nature / verdure féminine, classiqueb brisé / effacé masculine, classiquec nuage / langage féminine, classiqued obscur / d’azur masculine, classiquee monotonie / mélodie féminine, classiquea lyre / sourire féminine, classiqueb cœur / bonheur masculine, classiquec conquête / tête féminine, classiqued lui masculine, classiquee flamme / âme féminine, classiquea bizarre / sépare féminine, classiqueb yeux / vœux masculine, classiquec plaine / haleine féminine, classiqued chercher / rocher masculine, classiquee caprices / précipices féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

90 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, AIME ANDRÉ lIBRAIRE, Paris, 1827· numérisation poesies.net· Sources