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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1827

Les deux astres

Jean Polonius· strophes variées, octosyllabes, 88 vers

Où vas-tu, comète insensée,À travers l’océan des airs ?

Docile au dieu qui m’a lancée,Visiter d’autres univers.

De cieux en cieux, de monde en mondeVeux-tu donc t’égarer toujours,Sans loi qui règle de ton coursLa force aveugle et vagabonde ?

Et que sais-tu, si, comme à toi,Dieu ne m’a pas tracé de loi ?Pour oser dire que ma sphèreFlotte inconstante, irrégulièreAu souffle orageux du Hasard,Suis-tu mon vol dans l’étendueDe ces espaces dont la vueÉchappe à ton faible regard ?

Ta lueur sombre et menaçanteSur leur troue effraye les rois.

Le pèlerin, du fond des bois,Bénit ma clarté bienfaisante.

Ta chaleur dessèche les grains.

Et mûrit les fruits et les vins.

De ton choc l’atteinte mortelleVa troublant les mondes brisés.

Dis plutôt qu’il on renouvelleLes éléments stérilisés.

Mais quel est le but de ta course ?

Demande au dieu qui me créa,Qu’il te dise d’où vient la sourceDe l’instinct dont il m’anima.Pourquoi ma chaleur, ma vitesse,Pourquoi m’aiguillonne et me presseCet irrésistible désirDe plonger d’extrême en extrême,D’aller, de système en système,Tout voir, tout braver, tout sentir.

Plus heureux est mon sort tranquille.Le soleil, d'où me vient le jour,Autour de lui me voit, docile,Toujours décrire un même tour.Sans vouloir briller par soi-même,Des rayons de son diadèmeMon front réfléchit les splendeurs ;Et pour moi son aimable empireTous les ans revient reproduireLes fruits, la verdure et les fleurs.

L’esclavage est doux, si l’esclaveN’en voit pas, n’en sent pas l’horreur ;Mais à qui naît libre d’entraveSuffit-il d’un pareil bonheur ?Ce qui pour toi n’est qu’harmonie,Pour moi froide monotonie,Glacerait ma vie en son cours.Roule en paix dans ton humble orbite ;Vers ses profondeurs sans limiteL’infini m’appelle, et j’y cours.

L’infini ! — créature altière !Ah ! réponds, l’insecte éphémèreQui d’un pas avance en un jour,De ce terme qui fuit sans cesseEst-il plus loin, dans sa faiblesse,Que l’astre aux bornes de son tour ?

Que m’importe ! — À travers le vide,S’il échappe à mon vol rapide,Sa poursuite est seule un plaisir.Le tumulte est ma destinée ;Par ma loi fatale entraînée,Pour moi, s’arrêter c’est mourir.

Crains plutôt qu’une ardeur extrême,Dans ton vol te précipitant,N’accélère l’instant suprêmeMarque d’en haut pour ton néant.Après avoir, dans ta furie,Porté le trouble et l’incendieA quelque monde florissant,Crains d’aller, victime imprudente,T’engloutir dans la flamme ardenteD’un autre soleil plus puissant.

Vaut-il donc mieux, dans l’esclavageUsant les siècles à vieillir,Jour après jour, âge après âge,Pâlir, s’éteindre, dépérir.Ah ! quand Dieu, de sa main puissante,Me jette encor toute brillanteDans les feux de l’astre du jour,J’ai du moins rempli ma carrière ;J’ai vécu libre, active et fière,J’ai détruit, créé tour à tour.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
7[abab] 10[abba] 10[aa]
Mètre
Octosyllabes
Mots à la rime
a insensée / lancée féminine, classiqueb airs / univers masculine, classiquea monde / vagabonde féminine, classiqueb toujours / cours masculine, classiquea toi / loi masculine, classiqueb sphère / irrégulière féminine, classiquec Hasard / regard masculine, classiqued l’étendue / vue féminine, classiquea menaçante / bienfaisante féminine, classiqueb rois / bois masculine, classiquea grains / vins masculine, classiquea mortelle / renouvelle féminine, classiqueb brisés / stérilisés masculine, classiquea course / source féminine, classiquea créa / m’anima masculine, classiquec vitesse / presse féminine, classiqued désir / sentir masculine, classiquee extrême / système féminine, classiquea tranquille / docile féminine, classiqueb jour / tour masculine, classiquec soi-même / diadème féminine, classiqued splendeurs / fleurs masculine, classiquee empire / reproduire féminine, classiquea l’esclave / d’entrave féminine, classiqueb l’horreur / bonheur masculine, classiquec qu’harmonie / monotonie féminine, classiqued cours masculine, classiquee orbite / limite féminine, classiquea altière / éphémère féminine, classiquec cesse / faiblesse féminine, classiquea vide / rapide féminine, classiqueb plaisir / mourir masculine, classiquec destinée / entraînée féminine, classiquea extrême / suprême féminine, classiqueb précipitant / néant masculine, classiquec furie / l’incendie féminine, classiqued florissant / puissant masculine, classiquee imprudente / ardente féminine, classiquea l’esclavage / âge féminine, classiqueb vieillir / dépérir masculine, classiquec puissante / brillante féminine, classiquee carrière / fière féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

88 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, AIME ANDRÉ lIBRAIRE, Paris, 1827· numérisation poesies.net· Sources