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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1827

Stances I

Jean Polonius· 10 quintils, alexandrins, 50 vers

Tu triomphes ! le monde‖ à ses jeux te rappelle ;Le nuage a passé :‖ tu renais au bonheur,Comme aux vents printaniers‖ l’herbe se renouvelle ;Tu ris, tu crois encore‖ à la brise infidèle,Et moi, je reste seul‖ dans la nuit de mon cœur !

Souviens-toi de ces temps‖ d’abandon et d’outrage,Ou ce monde inconstant‖ t’exilait de son sein ;Où, chaque jour, en butte‖ aux flèches de sa rage,Ton front cherchait partout‖ un refuge a l’orage,Trop heureux que l’oubli‖ le sauvât du dédain.

Qui partagea tes maux ?‖ qui recueillit tes larmes ?Quand tous les cœurs fuyaient,‖ qui t’apporta son cœur ?De toi seule occupé,‖ qui respecta tes charmes,Quand le temps, quand le sort,‖ tout lui donnait des armes,Pour dompter tes refus‖ et vaincre ta pudeur ?

Ton souffle me touchait :‖ sa chaleur enivranteM’embrasait, m’agitait‖ de désirs frémissants ;Et de tes yeux en pleurs‖ chaque goutte brûlanteTombant, tombant sur moi‖ comme une lave ardente,Semblait d’un feu subtil‖ inonder tous mes sens.

Ah ! si, de mes désirs‖ suivant l’impatience,J’avais livré mon âme‖ à leur essor sans frein,Pouvais-tu de l’Amour‖ repousser la puissance ?Pouvais-tu résister,‖ quand la reconnaissanceVenait plaider pour lui‖ dans le fond de ton sein ?

Sous le fardeau du sort‖ tu restais abattue ;Tu ne combattais plus :‖ tu cédais au malheur.Je te voyais sans force‖ à mes pieds étendue,Pareille à la colombe,‖ aveuglée, éperdue,Qu’un éclair fait tomber‖ aux pieds de l’oiseleur.

Mais honte à qui reçoit‖ de la beauté qu’il aimeUn don qu’elle abandonne‖ et livre sans transport !Quoique ce don pour moi‖ fût le bonheur suprême,Je voulais le devoir‖ à toi, rien qu’à toi-même ;Mon cœur était trop fier‖ pour l’accepter du sort.

En vain tout s’unissait‖ pour servir ma tendresse ;En vain mes sens émus‖ me criaient : « Sois heureux ! »Mon orgueil te sauva‖ de ta propre faiblesse ;J’arrêtai de mon sang‖ l’impétueuse ivresse ;J’étouffai sous ma main‖ ses battements affreux.

Tu ne les as pas vus,‖ tu n’as pu les connaître,Ces combats, ces tourments,‖ sans témoins et sans bruit !Ils sont morts dans mon sein,‖ morts sans oser paraître,Comme ces feux impurs‖ qu’un air brûlant fait naître,Et qui, fils de la nuit,‖ expirent dans la nuit.

Que dis-je ? il a fallu‖ les cacher à Dieu même !T'aimer était un crime ;‖ et mes frôles désirs,Trop heureux d’échapper‖ au céleste anathème,Ne devaient pas monter‖ vers le trône suprêmeDe celui qui, d’en haut,‖ recueille nos soupirs.

Versification

Forme
10 quintils (quintils)
Rimes
10(abaab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
10 quintils
Mots à la rime
a rappelle / renouvelle / infidèle féminine, classiqueb bonheur / cœur masculine, classiquea d’outrage / rage / l’orage féminine, classiqueb sein / dédain masculine, classiquea larmes / charmes / armes féminine, classiqueb cœur / pudeur masculine, classiquea enivrante / brûlante / ardente féminine, classiqueb frémissants / sens masculine, classiquea l’impatience / puissance / reconnaissance féminine, classiqueb frein / sein masculine, classiquea abattue / étendue / éperdue féminine, classiqueb malheur / l’oiseleur masculine, classiquea aime / suprême / toi-même féminine, classiqueb transport / sort masculine, classiquea tendresse / faiblesse / ivresse féminine, classiqueb heureux / affreux masculine, classiquea connaître / paraître / naître féminine, classiqueb bruit / nuit masculine, classiquea même / anathème / suprême féminine, classiqueb désirs / soupirs masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

50 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies, AIME ANDRÉ lIBRAIRE, Paris, 1827· numérisation poesies.net· Sources