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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Bouteille et vénus, 1876‑1924

Baronne d’a

masseuse, fin-de-si. et s. élève, rien. d. ag.

Raoul Ponchon· 144 vers

Par saint Vit et Sainte Thècle,Via mon affaire cela,La masseuse fin de siècle !Mon affaire, la voilà !

J’avais toujours par un nègreRefusé d’être massé ;Un nègre sent trop le nègre,Que voulez-vous, c’est forcé.

Et puis, d’autre part, un hommeÇa n’est pas bien régalant,Tandis qu’une femme en sommeC’est on ne peut plus galant.

Aussi vous pensez qu’à peineEus-je lu cet avis làJe m’écriai : veine, veine !Et sonnai chez la Bar. d’A…

Une bonne assez accorteMe dit d’un ton aigre-douxEn entrebaillant la porte :« Monsieur, que désirez-vous ? »

Je la regardai, l’œil vague : —On regarde comme on peut — «Tiens, parbleu ! la bonne blague !Me faire masser un peu. »

Ricanant comme une cane,Lors, elle me fit entrer,Me prit mon chapeau, ma canne,En me disant d’espérer.

« La Baronne est occupéeAvec un vieil habitu-é, mince comme une épéeEt qui ressemble à Vitu.

« Bien, répondis-je, ma chère,J’attendrai qu’il soit massé,D’autant plus, jeune vachère,Que je ne suis pas pressé ! »

Là-dessus notre pucelleS’en retourne à son balaiSi ce n’est à sa vaisselle.Quant à moi, je m’affalais

Sur un fauteuil réfractaireQui criait sur ses étaisEt j’esquissais l’inventaireDu sanctuaire où j’étais :

Il me parut très quelconque ;Un tapis sur le parquetComme en peut avoir quiconque ;De plus on y remarquait

Ouvert sur une couseuseLe petit dernier d’Ohnet… —On a beau être masseuse,En romans on s’y connait.

Une pendule sévère,De ce style dit pompier,Entre deux globes de verreCoiffant des fleurs en papier…

Des pianos, des musiquesD’opéras combien trop mûrs…Des sujets mythologiquesEt tragiques sur les murs :

Léda nouée à son cygne,Le roi Candaule et Gygès,Ou bien le martyre indigneDe la pauvre sainte Agnès…

Puis tenant l’alcôve toute,Un lit à n’en plus finir,Bordé de glaces, sans doutePour se regarder dormir…

J’en étais en quelque sorteLà de mon enquête, quandJe vis s’entr’ouvrir la porteEt le vieux foutre le camp,

Sautillant comme une puceQui ne sautillerait pas,Sans pour cela que je pusseVoir un seul de ses appas.

Hélas ! trois fois hélas ! commeIl me sembla harassé ;Je crois bien que le pauvre hommeAvait été trop massé.

Au même instant la masseuseVint à moi d’un air vainqueur,Ignoble, grasse, poisseuse,Et me dit, la bouche en cœur :

« Vas-tu me faire bien riche ?— Pardine nous verrons voir,Tu sais, je ne suis pas chiche…Ça dépend de ton savoir.

— Oh ! alors, mon petit homme,Dit ce monstre sébacé,Tu vas être massé commeTu ne fus jamais massé,

« Voici d’abord la baignoire,Allons, déshabille-toi ;Vas-tu pas faire ta poire ?Mets-toi tout nu comme moi. »

La garce, prêchant d’exemple,Gicla de son long peignoir,— Vilain rideau de quel temple !Elle me fit mal à voir.

Ses tétons semblaient des blagues,En revanche ils étaient mous ;Son ventre en énormes vaguesLui raboulait les genoux.

De plus — et puis je m’arrête —Un vrai bonnet de sapeurQui n’était pas sur sa têteMe plongea dans la stupeur.

Au sein de l’humble baignoireA quatre pieds, je pris doncLe bain froid préparatoireA ses durs travaux. A donc

Voilà que la vieille gerceTout à coup vint exercerSur mézigue un tel commerceQue je pensai trépasser.

Je souffris mille tortures ;Dans Tins tant je fus rompu,Je n’avais plus de jointures,J’étais comme un homme bu.

Quelquefois, n’étant plus maîtreDe moi, j’appellais : maman !Savez-vous ce que c’est d’êtreMangé par un caïman ?

O sainte Agnès, ton supplice(Et je ne suis pas douillet )Près du mien fut un délice,Je t’en flanque mon billet.

Ma masseuse faisant trêve,Je lui demandai, rêvant :« Où donc qu’elle est, ton élève ?Je ne la vois pas souvent.

— Ah ! c’est son jour de sortie,Dit en tripotant ses pisCette vache mal bâtie.— Nom de Dieu ! tant pis, tant pis ! »

Et comme elle allait reprendreL’entretien où laissé,Je lui dis : « Je sors d’en prendre,Va, je suis assez massé ;

Songez à ceci, madame :Pendant que je suis ici,Peut-être bien que ma femmeSe fait masser, elle aussi ! »

144 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Bouteille et vénus, Paris, "DISCIPLES D’HIPPOCRATE", 1933· Sources