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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La muse au cabaret, 1920· La muse au cabaret

La bouillabaisse

Raoul Ponchon· 10 sizains, octosyllabes, 60 vers

À madame Pierre Stevens.

La bouillabaisse est un étrange
salmigondis.H.Debusschère.

La France est un pays charmant.Et tu le dis excellemmentDans ta chronique, ô Debusschère !Étant, au suprême degré,Le pays cent fois consacréDu vin et de la bonne chère.

Certe, on peut aller n’importe où,En France, il n’est si petit trou,Dans un coin perdu de province,Qui n’ait sa spécialité,Son mets favori, réputé,Digne de la gueule d’un prince.

Quant au vin, je n’en dirai rien.Si j’en parlais, Dieu sait combienJe tomberais dans l’hyperbole !J’affirme néanmoins ceci :Que les vins, nés ailleurs qu’ici,Ne sont que de la rocambole.

C’est là ton avis, c’est le mien.Mais, où je ne comprends plus rien,C’est lorsque ta plume rabaisse,En des termes plutôt hardis,Au rang d’affreux salmigondis,L’incomparable bouillabaisse !

Je veux croire, mon pauvre ami,Que c’est un « lapsus calami ».Ou bien, c’est que ta cuisinièreT’aura servi, sous ce nom-là,On ne sait quel sombre rata.Ah ! dame !… Il y faut la manière.

Salmigondis ! c’est bientôt dit.Vous l’entendez, gens du Midi !Marius ! troun de l’air ! bagasse !Parler avec un tel dégoûtDe ce chef-d’œuvre de haut goût !Quoi ! faire fi de la rascasse !

Moi je dis que le cuisinierQui sut mélanger le premier,Avec mesure, avec sagesse,Ces poissons et ces condiments,Enfin… les divers élémentsQui constituent la bouillabaisse,

Mérite une statue en or,Car il établit un record.C’était un homme de génie.Et j’estime, qu’à tout jamais.Par les véritables gourmetsSa mémoire sera bénie.

Oui, Debusschère que voilà,La bouillabaisse est un peu là,C’est une des moins contestéesCulinaires combinaisons,Que l’homme ait jamais inventées,Esculente en toutes saisons.

Et les Provençaux n’ont pas tort,S’ils en hâblent, coquin de sort !Sache bien, que moi qui te parle,Je la prise le même prix,Et je le dis sans parti pris,N’étant de Marseille ni d’Arles.

Versification

Forme
10 sizains (sizains)
Rimes
9(aabccb) 1(aabcbc)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
10 sizains
Mots à la rime
a charmant / excellemment masculine, classiqueb Debusschère / chère féminine, classiquec degré / consacré masculine, classiquea où / trou masculine, classiqueb province / prince féminine, classiquec spécialité / réputé masculine, classiquea rien / combien masculine, classiqueb l’hyperbole / rocambole féminine, classiquec ceci / qu’ici masculine, classiquea mien / rien masculine, classiqueb rabaisse / bouillabaisse féminine, classiquec hardis / salmigondis masculine, classiquea ami / calami masculine, classiqueb cuisinière / manière féminine, classiquec nom-là / rata masculine, classiquea dit / Midi masculine, non classiqueb bagasse / rascasse féminine, classiquec dégoût / goût masculine, classiquea cuisinier / premier masculine, classiqueb sagesse / bouillabaisse féminine, classiquec condiments / éléments masculine, classiquea or / record masculine, non classiqueb génie / bénie féminine, classiquec jamais / gourmets masculine, classiquea voilà / là masculine, classiqueb contestées / inventées féminine, classiquec combinaisons / saisons masculine, classiquea tort / sort masculine, classiqueb parle / d’Arles féminine, non classiquec prix / pris masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.9· écart moyen à la rime classique 0.5

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La_Muse_au_cabaret, Paris, EUGENE FASQUELLE, éditeur, 1920· numérisation e-periodica.ch· Sources