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un seul est le mot juste.

La muse au cabaret, 1920· La muse au cabaret

Le premier moutardier du pape

Raoul Ponchon· 11 sizains, octosyllabes, 66 vers

À Franc-Nohain.

Un Dijonnais jadis fut pape,Dont le nom, pour l’instant m’échappe.Alors, dans le monde chrétien,Pour devenir chef de l’Église,Pas besoin — sans que j’en médise —D’être prélat Italien.

À peine ce pape… barbareEut-il ceint la triple tiare,Qu’une manière de croquant,En sa magnifique innocence,Vint demander une audienceÀ la porte du Vatican :

— « Dites au Pape, votre maître,Que j’ai fait plus d’un kilomètrePour le voir… que je le connais…Insistait-il — ne vous déplaise !Je suis né sur terre française,Mieux que ça, je suis Dijonnais ».

« — Un compatriote ! Qu’il entre !Dit le Pape, averti. Que diantre !La consigne n’est pas pour lui ».Or, dès qu’il le vit : « Hé ! mon brave,Quelle aventure heureuse ou graveMe vaut de te voir aujourd’hui ? —

— Eh bien, voici — dit le pauvre hommeJ’ai donc quitté Dijon pour Rome,Afin d’y trouver un emploi ;Comptant, tout le long de l’étape,Qu’un de chez nous, devenu pape,Ferait quelque chose pour moi.

— Mais encore ?… fit le Saint-Père.Conte-moi ce que tu sais faire.Quel fut, à Dijon, ton métier ? —— J’étais fabricant de moutarde…— De la moutarde ! Je te garde.Tu seras mon grand moutardier !

D’autant plus qu’en cette ItalieLeur moutarde n’est pas jolie.Elle est un peu faiblarde, hélas !Je ne sais trop ce qu’ils y mêlent,De quelles fleurs ils l’hydromellent…Trop de fleurs ! aurait dit Calchas. »

À dater de là, dit l’Histoire,Notre homme, en son laboratoire,Fut installé commodément.Et le Pape, tout à son aise,Dans de la moutarde française,Put relever ses aliments.

Un temps après, chez le Saint-PèreSurvint un second pauvre hère,Également un Dijonnais.— « Tu fais aussi de la moutarde ?Lui dit il — que le ciel te garde !Mais voilà ce que je craignais…

« Tu sauras que, dans mes offices,On s’occupe de mes épices.J’ai déjà mon moutardier. VoisSi la chose te va quand même,D’être mon moutardier deuxième,Si l’autre y consent toutefois. »

Or, l’autre, gonflé d’importance,Fut trop heureux, comme l’on pense,D’avoir un second — du métier.Car du fait de ce partenaire,Notre orgueilleux fonctionnaireDevenait premier moutardier !

Versification

Forme
11 sizains (sizains)
Rimes
11(aabccb)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
11 sizains
Mots à la rime
a pape / m’échappe féminine, classiqueb chrétien / Italien masculine, classiquec l’Église / médise féminine, classiquea barbare / tiare féminine, classiqueb croquant / Vatican masculine, non classiquec innocence / audience féminine, classiquea maître / kilomètre féminine, classiqueb connais / Dijonnais masculine, classiquec déplaise / française féminine, classiquea entre / diantre féminine, classiqueb lui / aujourd’hui masculine, classiquec brave / grave féminine, classiquea homme / Rome féminine, classiqueb emploi / moi masculine, classiquec l’étape / pape féminine, classiquea Saint-Père / faire féminine, classiqueb métier / moutardier masculine, classiquec moutarde / garde féminine, classiquea Italie / jolie féminine, classiqueb hélas / Calchas masculine, classiquec mêlent / l’hydromellent féminine, classiquea l’Histoire / laboratoire féminine, classiqueb commodément / aliments masculine, non classiquec aise / française féminine, classiquea Saint-Père / hère féminine, classiqueb Dijonnais / craignais masculine, classiquea offices / épices féminine, classiqueb Vois / toutefois masculine, classiquec même / deuxième féminine, classiquea d’importance / pense féminine, classiquec partenaire / fonctionnaire féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.3

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

66 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La_Muse_au_cabaret, Paris, EUGENE FASQUELLE, éditeur, 1920· numérisation e-periodica.ch· Sources