La muse au cabaret, 1920· Propos de table
Les fables de la fontaine
À Tancrède Martel.
Les fautes de langue ont été
corrigées (sic)par le baron
Eugène du Mesnil.
Non plus qu’à la foire aux ferrailles,On ne fait guère de trouvaillesSur les quais, en tant qu’Elzévir,Gryphe, Aide Manuce, incunables…Ce ne sont que bouquins minables —Aurait-on un flair de tapir.
Jadis, on avait de ces veines,De ces magnifiques aubaines,Si j’en crois tel ancien récit.Mais, à défaut de livres rares,On en rencontre de bizarresQuelquefois, témoin celui-ci :
C’est les « Fables de La Fontaine »Que, dans sa triste turlutaine,Certain seigneur grammairienMit en bon français — c’est-à-direSon français à lui… Pauvre sire !Comme vous voyez, c’est un rien.
Autant dire que ce puristeEnlève à notre fabulisteTout son charme primesautier,Son esprit, sa clarté, sa grâce,Et ce qu’il nous met à la place,Est bien fait pour stupéfier !
Imaginez, en quelque sorte,L’aigle revu par le cloporte…Hugo réduit par Campistron…— Encore croyez que je gaze —Ou bien, si vous voulez, PégaseDéplumé par Aliboron.
Mais, puisque ledit gentilhommeA lu les fables du Bonhomme,Afin de les remettre à neuf,Que n’a-t-il pris, la pauvre andouille !Pour lui, celle de la grenouilleQui tâche à s’égaler au bœuf ?…
Hélas ! le cas n’est pas uniqueChez nous, de ce baron cynique ;Et l’on ne saurait dénombrerTous les contempteurs de la Lyre,Dont beaucoup ne savent pas lire.Mieux vaut en rire qu’en pleurer.
Censeurs que le Génie énerve,Exerçant leur sombre minerveSur des chefs d’œuvre indiscutés,Pour, avec leur loupe risible,Y trouver une erreur possible,Sans s’attarder à leurs beautés,
Ah ! plaignons ceux dont la manieEst de reviser le génie,Et qui n’ont pas d’autre souci.Et, sans insister davantage,Moquons-nous de leur radotage.Autant grêler sur le persil.
Ces terribles raseurs du TempleFont l’effet de gens — par exemple —Qui n’auraient d’autre opinionSur le paon, malgré son plumage,Que celle-ci — de son ramage,C’est un oiseau qui dit : « Léon ».
Versification
- Forme
- 10 sizains (sizains)
- Rimes
- 10(aabccb)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 10 sizains
- Mots à la rime
- a ferrailles / trouvailles féminine, classiqueb qu’Elzévir / tapir masculine, classiquec incunables / minables féminine, classiquea veines / aubaines féminine, classiqueb récit / celui-ci masculine, non classiquec rares / bizarres féminine, classiquea Fontaine / turlutaine féminine, classiqueb grammairien / rien masculine, classiquec c’est-à-dire / sire féminine, classiquea puriste / fabuliste féminine, classiqueb primesautier / stupéfier masculine, classiquec grâce / place féminine, classiquea sorte / cloporte féminine, classiqueb Campistron / Aliboron masculine, classiquec gaze / Pégase féminine, classiquea gentilhomme / Bonhomme féminine, classiqueb neuf / bœuf masculine, classiquec andouille / grenouille féminine, classiquea unique / cynique féminine, classiqueb dénombrer / pleurer masculine, classiquec Lyre / lire féminine, classiquea énerve / minerve féminine, classiqueb indiscutés / beautés masculine, classiquec risible / possible féminine, classiquea manie / génie féminine, classiqueb souci / persil masculine, non classiquec davantage / radotage féminine, classiquea Temple / exemple féminine, classiqueb opinion / Léon masculine, classiquec plumage / ramage féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.3
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La_Muse_au_cabaret, Paris, EUGENE FASQUELLE, éditeur, 1920· numérisation e-periodica.ch· Sources