La muse au cabaret, 1920· Propos de table
Sur mon portrait par Cappiello
Qui m’avait représenté
à une terrasse de café.
Cappiello, mon bon ami,Ce portrait, dessiné trop vite,Ne me ressemble qu’à demi,Bien que le génie y palpite.
Vraiment, par le Dieu d’IsaacJe ne croyais pas, je te jure,Ressembler autant à Reinach,Cela lui soit dit sans injure.
Je sais bien que tu me diras :« On ne se connaît pas soi-même ».Mais, franchement, suis-je aussi gras ?…J’en aurais une peine extrême.
Sans être maigre comme un loup,J’attends que la graisse me vienne ;Je bedonne un peu, voilà tout,C’est rapport à mon hygiène.
Je n’ai pas ce cou de taureau,Dont se prévaudrait un hercule ;Sur un corps de mon numéroCe serait plutôt ridicule.
Tu me fais des mains d’assassin,Moi, de qui les doigts sont si vagues,Qu’à peine, et malgré mon dessein,Je les puis illustrer de bagues.
Mais, qui m’a le plus contristé,Vois-tu, dans ta caricature,C’est l’air dur que tu m’as prêté.Il n’est du tout dans ma nature.
D’abord, je n’ai pas, tant s’en faut,La moustache aussi provocante ;Avec ces crocs à la prévôt,J’ai l’air d’en défier cinquante.
C’est de moi beaucoup présumer,Qu’un vol d’abeilles effarouche,Et qu’une rose fait pâmer.Je n’ai pas non plus cette bouche
Dédaigneuse, je te promets,Surtout quand je regarde un verre…De plus, pour personne, jamaisJe n’eus le droit d’être sévère.
Et je n’ai pas non plus cet œilDe magistrat dans son prétoire.Il est de bien meilleur accueil.Viens y voir, si tu n’y veux croire.
Tu ne m’as jamais abordé,Sans quoi, tu saurais que ma haineTiendrait aisément dans un dé,Sans que cette coupe soit pleine.
Le front… est par trop important,Pour mes ordinaires pensées ;Il n’en roule pas tant et tant,Encor lui fous-je des fessées.
Le chapeau ?… très bien, le chapeau.Le voilà tel que je le porte.Quant à l’absinthe, ô Cappiello !Tu me l’as servie un peu forte.
Et puis, n, i, ni, c’est fini.Et je te fais une risette,Pour m’avoir, à propos, fourniLe sujet de cette gazette.
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a ami / demi masculine, classiqueb vite / palpite féminine, classiquea d’Isaac / Reinach masculine, classiqueb jure / injure féminine, classiquea diras / gras masculine, classiqueb soi-même / extrême féminine, classiquea loup / tout masculine, non classiqueb vienne / hygiène féminine, classiquea taureau / numéro masculine, classiqueb hercule / ridicule féminine, classiquea d’assassin / dessein masculine, classiqueb vagues / bagues féminine, classiquea contristé / prêté masculine, classiqueb caricature / nature féminine, classiquea faut / prévôt masculine, classiqueb provocante / cinquante féminine, classiquea présumer / pâmer masculine, classiqueb effarouche / bouche féminine, classiquea promets / jamais masculine, classiqueb verre / sévère féminine, classiquea œil / accueil masculine, classiqueb prétoire / croire féminine, classiquea abordé / dé masculine, classiqueb haine / pleine féminine, classiquea important / tant masculine, classiqueb pensées / fessées féminine, classiquea chapeau / Cappiello masculine, classiqueb porte / forte féminine, classiquea fini / fourni masculine, classiqueb risette / gazette féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La_Muse_au_cabaret, Paris, EUGENE FASQUELLE, éditeur, 1920· numérisation e-periodica.ch· Sources