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un seul est le mot juste.

La muse au cabaret, 1920· La muse au cabaret

Un apôtre

Raoul Ponchon· 11 sizains, octosyllabes, 66 vers

À Georges d’Esparbès.

Un certain M. Grunn, de Chicago, vient
chez nous prêcher contre l’intempérance.

Un monsieur Grunn ayant apprisQue l’alcoolisme dans Paris,Si ce n’est par toute la France,Sévissait, un beau jour, se dit :« Allons dans ce pays maudit,Pour y prêcher la tempérance. »

Bientôt, un train le déposaitÀ Paris, soit — comme il disaitCette Babylone moderne.Là, sans qu’il perdît un instant,Il se dirigea, haletant,Vers la plus prochaine taverne,

Où tout de suite, il demandaJe ne sais quel « brandy-soda »Histoire de se mettre en verve :« — Ladies et gentlemen — dit-il —Qui buvez de cet alcool vil,Quel sort l’avenir vous réserve !… »

Les clients, d’abord ahuris,L’interrompirent par des cris :« — Non… mon vieux… assez… qu’on le sorte— Tu nous embêtes, mon garçon. »Là-dessus, sans plus de façon,Le patron le mit à la porte.

« Allons — pensa-t-il — j’ai gaffé.Et puis, il changea de café.Et certainement notre apôtre.N’eut pas à le chercher bien loin,La Providence ayant pris soinDe mettre un café près d’un autre.

Là, vidant « cocktail » sur cocktail.Contre l’affreux poison mortelIl reprit son réquisitoire.Mais il fut derechef semé.Et d’un pas déjà moins rythméIl dut autre part aller boire.

On le vit donc, de bar en bar,Faire le tour des boulevards,Sans pouvoir placer sa harangue ;Cependant que des « gin » hideux,Des whisky combien hasardeuxEmpâtaient quelque peu sa langue.

Le soir, après un bon dîner,Il résolut d’endoctrinerDivers cabarets de la Butte.« J’espère — se dit-il — que làDu moins, quelqu’un me comprendra.À Montmartre on n’est pas des brutes.

Mais tôt il fut édifié.Ces dames… sexe sans pitié !Dès qu’il avait ouvert la bouche,— Son verre une fois absorbé —Lui criaient : « Ta bouche, bébé !À quelle heure est-ce qu’on te couche ? »

Alors, il rentra dans Paris.Et vous ne serez pas surpris,Si nous le retrouvons aux Halles,Toujours buvant, et pérorant,Devant un peuple indifférentÀ ses sottes mercuriales.

Tant que, ce Grunn, au petit jour,Affalé dans un carrefour,Disait — la gueule « en palissandre » :« — S’il est de pires saligaudsAu monde que ces Parigots,Je veux qu’on me réduise en cendre ! »

Versification

Forme
11 sizains (sizains)
Rimes
10(aabccb) 1(aabaab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
11 sizains
Mots à la rime
a appris / Paris masculine, classiqueb France / tempérance féminine, classiquec dit / maudit masculine, classiquea déposait / disait masculine, classiqueb moderne / taverne féminine, classiquec instant / haletant masculine, classiquea demanda / brandy-soda masculine, classiqueb verve / réserve féminine, classiquec dit-il / vil masculine, classiquea ahuris / cris masculine, classiqueb sorte / porte féminine, classiquec garçon / façon masculine, classiquea gaffé / café masculine, classiqueb apôtre / autre féminine, classiquec loin / soin masculine, classiquea cocktail / mortel masculine, classiqueb réquisitoire / boire féminine, classiquec semé / rythmé masculine, classiquea bar / boulevards masculine, non classiqueb harangue / langue féminine, classiquec hideux / hasardeux masculine, classiquea dîner / d’endoctriner masculine, classiqueb Butte / brutes féminine, non classiquec là / comprendra masculine, classiquea édifié / pitié masculine, classiqueb bouche / couche féminine, classiquec absorbé / bébé masculine, classiquea Paris / surpris masculine, classiqueb Halles / mercuriales féminine, classiquec pérorant / indifférent masculine, classiquea jour / carrefour masculine, classiqueb palissandre / cendre féminine, classiquec saligauds / Parigots masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.3

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

66 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La_Muse_au_cabaret, Paris, EUGENE FASQUELLE, éditeur, 1920· numérisation e-periodica.ch· Sources